26 mars 2019

Cours d'Herbouville : claque de fin pour une pseudo concertation ?


La concertation publique sur l'aménagement du Cours d'Herbouville (Lyon 4ème - côté Rhône) n'en finit pas d'exaspérer une grande partie de ses habitants qui dénoncent depuis plus de trois ans une pseudo concertation. Témoignage de Maxime d’Epenoux, animateur du collectif de défense des usagers du Cours d’Herbouville. 

"L’abattage des arbres sur la partie nord et l’interdiction quasi-totale de stationnement à dater de cette semaine jusqu’à fin juillet inaugure la phase finale du processus d’aménagement du cours qui a débuté il y a plusieurs années.

A l’issue de la pseudo réunion de « concertation » de novembre dernier, le maire du 4eme arrondissement s’était engagé à nous informer de sa décision finale. Encore une promesse oublié.

Nous devrons donc nous contenter de ses déclarations dans la presse où bien entendu Monsieur Kimelfield y reconfirme sa décision de choisir l’option 3 ; option rejetée par la quasi-totalité des riverains lors de l’enquête menée par le collectif et ouverte à l’ensemble des usagers (13% pour l’option 3 et 87 % contre).

Compte tenu de la fumisterie qu’a été cette réunion de « concertation », nous avions bien compris que, de toute façon, les souhaits des habitants ne pèseraient pas lourds face aux éventuels arrangements électoraux locaux à l’approche des prochaines élections. Nous avons appris par la suite que la « ville à vélo » qui avait refusé de rencontrer notre collectif avait appelé ses adhérents à noyauter cette réunion. Peut-être Monsieur Kimelfield ne le savait-il pas … Mais lorsque des habitants du Cours se sont étonnés lors de cette réunion publique de voir la parole distribuée de façon assez partiale par le maire à des intervenants qui manifestement ne connaissaient pas les problèmes des riverains, il leur avait été répondu que c’était normal puisque les habitants du Cours se mêlaient des aménagements en dehors du cours. Comme quoi la mauvaise foi en politique est sans limite !

Malgré ça, nous avons essayés de promouvoir une solution de compromis en soutenant le scénario 2 qui n’était pas un souhait majoritaire mais qui pouvait apparaître comme un moindre mal et un consensus supportable par tous. 

Contrairement à Mr Kimelfield dont la seule obsession semble être de vouloir taper sur les habitants qui ont besoin de se garer, nous avions insisté sur une approche globale avec un partage de l’espace et la prise en compte des problématiques de pollution sur le cours qui est l’artère la plus polluée de l’arrondissement. L’essai imposé de circulation à 1 voie depuis plusieurs mois en raison des travaux pouvait ouvrir la voie à un autre scénario qui aurait permis de maintenir un stationnement décent, d’avoir une vraie desserte vélo plus pratique pour les riverains, de sécuriser la circulation des voitures et des piétons, de réduire la pollution, de sortir le cours de cet aspect d’autoroute urbaine et donc d’arriver à un meilleur cadre de vie qui aurait pu bénéficier à tous, riverains et commerçants.

Depuis 2016, Monsieur Kimelfield et son équipe nous ont reçus à plusieurs reprises sans jamais prendre en compte la moindre de nos remarques. Force est de constater que la concertation version 4ème n’est que d’apparence et le projet final validé par le maire est exactement à la virgule près celui qu’il avait choisi en 2016 déjà contre l’avis des riverains et qui avait entraîné la formation du collectif.

Qu’un maire fort de sa fonction d’élu s’autorise à prendre des décisions unilatérales sous la pression entre autres de minorités agissantes n’est pas nouveau dans notre pays, même si le « fait du prince » passe de plus en plus mal dans l’opinion publique.

Qu’un élu tolère des expressions tronquées des riverains comme lors de la dernière réunion dite de concertation ne surprendra pas grand monde dans notre démocratie bien fatiguée. Chacun a bien compris que le « nouveau monde » dont certains font un argument politique n’est qu’un lifting de pratiques qu’on aurait cru d’un temps révolu.

Mais qu’un élu passe des petits arrangements avec la vérité aux mensonges publics pour justifier ses décisions est beaucoup plus choquant. Dans le contexte politique national, il est assez irresponsable que des élus locaux qui aspirent à des responsabilités importantes se prêtent à ce type d’attitudes qui ne peut que dévaloriser encore plus la parole politique.

C’est pourtant ce qu’a fait Monsieur Kimelfield dans un article paru dans le Progrès 2 jours plus tard le 14 Décembre afin de justifier sa décision. Ses arguments sont tout simplement factuellement faux et il ne peut l’ignorer. 

Les objectifs justifiant le choix du maire seraient de « sécuriser les piétons, améliorer la qualité de vie, végétaliser le cours et permettre une meilleure circulation des vélos » .

Sécuriser les piétons : La sécurisation passe par le feu tricolore, la réduction de la vitesse des voitures et une voie cyclable pratique afin que les 2 roues ne fassent pas du rodéo sur le trottoir. La solution du collectif passant par la réduction de la circulation permettait une vraie voie vélo bidirectionnelle plus proche des immeubles. L’option retenue est au contraire accidentogène pour les piétons. Qui peut raisonnablement imaginer qu’un vélo sortant du tunnel mode doux va remonter jusqu’au début du pont, puis redescendre le long de la voie d’accès au cours, prendre la voie bus/vélo sud Nord, puis retraverser le nouveau feu tricolore pour prendre finalement le terre-plein Nord ? Chers amis piétons, préparez-vous à accueillir vélos et trottinettes sur vos trottoirs.

Améliorer la qualité de la vie : On imagine que le maire fait allusion à ce superbe terre-plein Nord qui va permettre aux familles de s’égayer joyeusement entre 2 x 3 voies de circulation sur l’artère la plus polluée de l’arrondissement… Une vraie amélioration passait par une régularisation de la circulation qui de facto réduisait pollution de l’air, sonore, visuelle et olfactive. Cela permettait un vrai partage intelligent de l’espace et un mieux vivre pour tous qui aurait pu relancer une vraie vie locale.

Végétalisation : Notre option maintenait une bande de végétalisation sur deux et n’empêchait pas la replantation d’arbres. Et au final le bilan aurait été positif avec la réduction de la circulation et de la pollution.

Circulation des vélos : Cf. notre remarque ci-dessus. On peut d’ailleurs remarquer que les cyclistes riverains n’ont pas été pris en compte puisque venant du Sud, il va falloir qu’ils fassent tout un tour côté fleuve pour arriver chez eux, à moins de remonter le trottoir piétons. Alors que les propositions du collectif permettaient une vraie piste sécurisée bidirectionnelle  beaucoup plus près des immeubles.

Je passe sur différentes propositions du collectif jamais reprises par la mairie comme un stationnement uniquement nocturne au nord, le maintien de places de co-voiturages et électriques sur le terre-plein Nord…  Il est d’ailleurs intéressant de noter que la mairie du 4eme se bat actuellement avec celle du 1er pour autoriser un stationnement nocturne sur le boulevard de la croix rousse. Qu’on soit loin ou près de la mairie semble donc influer sur la position du maire.

Dans cet article, Monsieur Kimelfield traite le collectif avec un dédain qu’un élu de la République devrait éviter avec ses propres administrés. La défunte association « O Ce Cours » n’ayant pas défendu les riverains en 2016, l’essentiel de son équipe dirigeante et de nombreux habitants ont monté ce collectif en quelques semaines à la rentrée 2016 soutenu par des centaines d’habitants et la quasi-totalité des commerçants.

Dire qu’une centaine d’habitants craint un problème de stationnement est un mensonge. Plus de 150 foyers ont participé à notre étude ouverte à tous dont 87% sont opposés à l’option du maire. Cela représente plus de 400 personnes. Nous avions d’ailleurs proposé au maire de faire faire une vraie consultation des riverains pour connaitre l’avis général. Pour une très faible portion des sommes dépensées en concertation par exemple pour l’aménagement de la place des Tapis, le maire aurait eu le plaisir de vraiment connaitre l’avis général. Il n’a pas donné suite.

Le maire parle encore de 200 places nécessaires selon les décomptes des services de la métropole. C’est un autre mensonge. Trois relevés nocturnes ont été faits par le collectif avec les mêmes résultats de 240 à 250 voitures stationnées alors que stationnement était déjà parfois difficile. Lors d’une réunion préparatoire fin octobre, l’équipe de la mairie avait confirmé qu’ils feraient un décompte nocturne qui n’a jamais été fait. Le technicien vélo a reconnu lors de la réunion en novembre que leur décompte avait été fait le matin alors que des riverains sont déjà partis au travail. Même si ce décompte nocturne aurait pris 10 minutes à un technicien, notre collectif a proposé au maire de le faire faire par un huissier à nos frais. Aucune réponse, bien entendu.

Le maire nous dit de ne pas avoir eu de remontées particulières de problèmes pendant les travaux. Autre mensonge. Nous avons collecté des dizaines et des dizaines de témoignages que nous avons intégralement transmis au cabinet du maire, comme diffusé à chacun d’entre vous. Que le maire n’ait pas pris la peine de lire les 73 témoignages collectés par notre collectif est une chose, qu’il raconte ne pas en avoir eu en est une autre !!!  Sans doute a-t-il préféré retenir les affirmations de la présidente du conseil de quartier Croix Rousse Est qui affirmait qu’il y avait beaucoup de places libres le matin quand elle partait travailler. Sans doute pensait-elle être la seule à partir au travail le matin, ce qui pouvait éventuellement expliquer les places libres qu’elle voyait après 7 heures ?

Quant au soutien des commerçants à l’option du maire, j’invite chacun à faire un tour des quelques commerces qui ont survécu à ce jour.

Tout ceci est bien affligeant. Quel gâchis !

Alors que la rénovation du cours aurait pu être un beau projet pour le bien de la communauté, nous n’avons été qu’un faire-valoir dans une situation politique lyonnaise compliquée.

Par correction, ce courrier est envoyé à Mr Kimelfield dont nous n’attendons plus grand-chose. Nous mettons aussi en copie le cabinet du maire de Lyon.

Il est en effet très étonnant et quelque peu décevant que la mairie centrale ne se soit jamais mêlé de ce projet alors que nous sommes finalement plus proches de la mairie centrale que celle du 4ème. Mr Kimelfield ne s’est pas caché lors de nos échanges de ne pas pouvoir toujours respecter les attentes des riverains compte tenu de sa double casquette de maire et patron de la métropole. Finalement, si notre maire n’avait été « que » notre maire, nous aurions pu espérer plus de considération pour les attentes de ses administrés.  Mais alors pourquoi le maire de Lyon ne pourrait pas intervenir afin d’éviter un véritable déni de démocratie ?

Bien entendu, nous sommes à l’entière disposition de Mr Collomb pour le rencontrer.

Pour conclure, nous vous rappelons que le stationnement sur 4 lignes sur 5 sera interdit à partir de cette semaine jusqu’à fin Juillet. Ci-joint une photo des panneaux courageusement déposés par un employé vendredi soir très discrètement à 20H15. Mais rassurez-vous, Monsieur Kimelfield a déclaré dans son interview « être totalement serein sur le bazar à venir sur le cours ». Si vous lui faites confiance, vous n’avez donc aucune raison de vous inquiéter.

Maxime d’Epenoux
Pour le collectif de défense des usagers du Cours d’Herbouville "


Il est à craindre que le Cours d'Herbouville paie l'addition d'une stratégie de conquête de l'électorat écologiste par David Kimelfeld dans sa quête de la présidence de la métropole en 2020. Le maire du 4ème aurait-il fait les mêmes choix s'il devait se représenter devant les électeurs du Cours d'Herbouville dans douze mois ?