18 septembre 2018

ICEDA : l'amour du risque ?



Comme de nombreux lyonnais, j'aime la région du Bugey, ses villes, ses paysages que l'on voit depuis l'esplanade du Gros Caillou.

J'apprécie nettement moins le projet ICEDA - au cœur de la centrale du Bugey - conduit par EDF et qui consiste à stocker 2000 tonnes de produits radioactifs en provenance de plusieurs centrales françaises, le tout à 45 mètres du Rhône et à 20 km des principales nappes phréatiques qui alimentent Lyon et sa métropole !



Le 25 novembre 2017, j'avais parlé de ce projet, opérationnel depuis janvier dernier, au président de la Métropole qui semblait en ignorer l'existence. Durant le Conseil d'arrondissement du 5 décembre, David Kimelfeld m'écrivait qu'il avait saisi oralement le préfet et m'indiquait sa volonté d'écrire au PDG d'EDF.

Ces informations étaient évidemment réconfortantes mais, depuis cette date, je n'avais plus de nouvelles.

Aussi ai-je adressé, le 27 mars dernier, le courrier recommandé ci-dessous au préfet de la Région Auvergne-Rhône-Alpes.

En juin, l'Autorité de Sûreté Nucléaire (ASN) a bien voulu m'accorder une réponse, en lieu et place du représentant de l'Etat. Cependant, cette réponse technique (cf. infra) ne me satisfait pas et n'apaise pas mes craintes. 

La  décision très récente de la Métropole de demander son adhésion à la Commission locale d'information de la centrale nucléaire du Bugey - à l'instar de Genève - semble toutefois attester d'une prise de conscience de la part de ses dirigeants et de certains élus écologistes que le débat sur l'environnement ne peut se limiter à de sempiternelles interventions sur les couches lavables et que, sauf à avoir l'amour du risque, des démarches doivent être menées pour s'assurer de la pertinence de cette installation.

Vous pouvez compter sur moi pour suivre cette affaire et vous tenir informés. 



[Ci-après le texte de la lettre recommandée]

"Monsieur le préfet,

Elu de la Ville de Lyon, conseiller d’arrondissement de la Croix-Rousse, je me permets d’appeler votre bienveillante attention sur l’entreposage de très importantes quantités de déchets radioactifs sur le site de la centrale nucléaire du Bugey, à proximité immédiate du Rhône et en amont des champs de captage d’eau potable situés à Vaulx-en-Velin et de Rillieux-la-Pape, principales sources d'alimentation de Lyon et de la Métropole.

La création de cette installation de 8000 m2 qui recevra à terme plus de 2000 tonnes de déchets, issus de neuf réacteurs français (dont Bugey 1) en cours de déconstruction, à moins de 45 mètres du fleuve, a été autorisée par le décret du 23 avril 2010.

Toutefois, l’histoire récente montre - si nécessaire - que les lois et décrets n’ont jamais neutralisé les risques, en particulier nucléaires, alors qu’en matière de protection des populations et à mesure qu’on se rapproche des grandes agglomérations, il convient de rechercher une assurance de plus en plus raisonnable.

Cette « Installation de Conditionnement et d’Entreposage de Déchets Activés » (ICEDA), dite temporaire mais néanmoins prévue pour durer cinquante ans, est-elle raisonnable alors que la zone géographique est connue pour son exposition aux risques sismiques – sans compter les risques inhérents à ce type de technologie dans le contexte actuel ? Est-il raisonnable de rajouter du risque aux risques, sachant que la centrale du Bugey figure déjà parmi les plus anciennes et que des associations ont porté plainte récemment à l’encontre d’EDF pour une importante fuite de tritium qui serait consécutive à une accumulation de dysfonctionnements sur ce site ?

Mes inquiétudes sont renforcées du fait que Lyon, situé à vingt-neuf kilomètres au plus proche du CNPE du Bugey n’intègre pas – malgré une mesure d’élargissement récente - le périmètre du Plan Particulier d’Intervention (PPI) associé et que ses 520 000 habitants ne bénéficieraient pas, en cas d’accident majeur, d’un plan d’actions qui prévoit notamment l’information immédiate des populations et l’ingestion de comprimés d’iode stable, pré-distribués. Il en est de même pour la grande majorité des habitants de la Métropole.

Parce que je ne doute pas que vous avez envisagé les conséquences funestes et durables que pourraient engendrer une fuite et/ou un déversement de matière radioactive à vie longue dans le Rhône pour la troisième agglomération de France et l’ensemble de l’axe rhodanien, je vous saurais gré de bien vouloir m’apporter des éléments d’information de nature à apaiser mes craintes et celles de nos concitoyens.

Je vous prie de croire, Monsieur le préfet, en l’expression de ma très haute considération."



[Ci-après la Réponse de l'Autorité de Sûreté Nucléaire]