28 avril 2014

Niguedouille, va !

Je ne connais pas mon député. J'ai croisé sa photo lors des dernières législatives sur les panneaux d'affichage électoraux. Je ne l'ai jamais rencontré sur le marché, dans les commerces, auprès de ceux qu'il représente. Interrogez votre voisin, vos amis ou vos parents : personne ou presque ne connait M. Pierre-Alain Muet. 

Et pourtant, M. Muet est un député qui n'hésite pas à se faire connaître. Ainsi, a-t-il récemment envoyé à Manuel Valls un courrier - pas en provenance de la poste de la Croix-Rousse mais de Paris Capitale - pour dire toute son opposition au programme de stabilité 2014-2017. On y lit des choses intéressantes. Ainsi, écrit-il que "nous estimons dangereux économiquement, car conduisant à asphyxier la reprise et l'emploi, (...) ce plan de 50 milliards d'économies". 

"...asphyxier la reprise et l'emploi...". 

Et oui, mes bons gones, massez-vous les tempes et posez-vous une vraie question : Est-ce que vous vivez dans le même univers que M. Muet ? 

Sachant et à titre d'exemple qu'en février de cette année, le nombre de demandeurs d’emploi en France métropolitaine était en forte hausse (+ 31500 chômeurs de catégorie A) malgré les promesses renouvelées de notre président normal, que la production industrielle est annoncée en recul de 0,7% en mars, la réponse est non. 

M. Muet voit la reprise là où ses concitoyens verront des difficultés grandissantes. C'est un théoricien de la macro-économie qui a oublié le micro-quotidien des ménages et des entreprises. Son curriculum vitae est presque aussi impressionnant que la dette publique qui a atteint, en avril dernier, un niveau record (93,5 % du PIB). Elevé aux préceptes mal digérés d'une école de pensée dépassée, M. Muet reste inflexible dans la tourmente. Face à la réalité, il réaffirme son attachement  à une politique unijambiste de relance par la demande qui a montré son inefficacité dans le contexte actuel. 

Preuve de cet entêtement qui confine à l'aveuglement volontaire : dans un essai publié en juin 2013 par les éditions de la Fondation Jean Jaurès, intitulé "Le bon chemin : La politique économique de la gauche mise en perspective", Pierre-Alain Muet qui traite au passage les entrepreneurs pigeons de "vautours", n'hésite pas à préconiser la création massive d'emplois (300 000 au lieu des 150 000 prévus) dans le secteur non marchand, c'est à dire au sein de l'Etat et des collectivités. C'est pour lui le seul moyen de soutenir l'économie dans l'immédiat : même une grande partie de la majorité actuelle qui s'apprête à voter le plan d'économies, n'y croit plus !

Pendant ce temps, Wolfang Schäuble, ministre des Finances du gouvernement fédéral, vient d'annoncer un déficit nul pour l'Allemagne jusqu'en 2018. Il est vrai que les députés allemands ont eu le courage - du SPD de Schröder à la coalition CDU/CSU de Merkel - de mener les réformes structurelles nécessaires (réforme des retraites, indemnisation du chômage, droit du travail, durée du travail, réduction du nombre de fonctionnaires) pour développer la compétitivité de l'Allemagne, rechercher la croissance au-delà de ses frontières et équilibrer ses comptes publics.

A l'heure où la France creuse sa dette de 75 milliards par an, le plan triennal d'économies de M. Valls est une demi-mesure mais au moins, niguedouille, votez-la !