26 mars 2014

Mensonges, reniements et impostures

Candidat pour la première fois, je suis entré en politique comme on entre chez les gens, avec une bonne dose de témérité et certainement un peu de légèreté : depuis décembre, l’équipe Génération Lyon a ouvert à la Croix-Rousse pas moins de 5 000 portes et pour ma part, plus d’un millier. Les gens ne me connaissaient pas et pourtant m’ont réservé un bon accueil. Ce fut l’occasion de rencontres souvent enrichissantes et toujours imprévisibles ! Que m’ont-elles appris ? Beaucoup plus qu’un sondage ou l’analyse experte d’un politologue chevronné.
Je savais combien sont forts le désamour des français pour les partis et le discrédit de leurs représentants. Pour autant, je n’imaginais pas combien ce passif constitue un fardeau pour le candidat qui veut aller à la rencontre de ses concitoyens, en particulier celui qui est sans étiquette. Pour celui-ci plus que pour les autres, « faire du porte à porte » revient à porter seul l’héritage d’une classe politique à laquelle il n’appartient pas (encore) et cela devant le regard dubitatif de ses concitoyens interpelés à leur domicile et rappelés directement à leur « pouvoir » d’élection.
Palier après palier, porte après porte, on comprend alors l’empressement des formations politiques à présenter des listes renouvelées et ouvertes à la « société civile » afin de recréer les conditions de l’échange entre candidat et électeurs. Pour ces municipales, les partis ont joué localement cette partition à un niveau sans doute jamais atteint. La gauche l’a fait avec plus ou moins de réussite car ce qui devait restaurer la confiance est en passe pour eux d’échouer.
Ainsi, le petit mensonge d’Elvire Servien – relaté par la presse locale – est parvenu aux oreilles de mes interlocuteurs qui y ont trouvé un contre argument de poids aux bienfaits annoncés du renouvellement et de l’ouverture : affirmant habiter dans le 6ème arrondissement, puis dans le 4ème où elle loue finalement un studio de 9m carré – loin de Saint-Didier-au-Mont-d’Or – qui lui aura permis une inscription de dernière minute sur les listes électorales, cette tête de liste de Gérard Collomb aura démontré en un temps record la capacité d’une candidate totalement nouvelle à mentir effrontément.
Même les éléphanteaux du PS, à peine plus aguerris que les novices, se laissent prendre à ce jeu du « tout est permis ». Placé en 2011 à la mairie de la Croix-Rousse par Gérard Collomb et élu en 2012 à la tête du parti socialiste du Rhône, David Kimelfeld, qui ne fait pas figurer le logo du PS sur ses propres supports de campagne, est comme son mentor dans le reniement et l’imposture. Il achèvera la démonstration : ni le renouvellement de la classe politique, ni l’ouverture à la société civile ne suffiront à eux seuls à rétablir la confiance avec les électeurs.
Alors, que faut-il de plus ? Quelle voie choisir quand on a peu d’expérience politique et qu’on est candidat ? Faut-il faire cyniquement ce que l’on observe, pour parvenir à ses fins ? Existe-t-il une autre voie ? Au fond, est-ce aussi désuet que cela de parler des vertus et celles notamment qui placent l’action publique au-dessus de toutes les autres ? Est-ce aussi difficile et courageux de prétendre à une véritable éthique, celle de l’honnêteté et de la responsabilité?