25 mars 2014

Quand la télévision nous éduque.

Dans un essai rédigé en 1995 et intitulé « La TV, un danger pour la démocratie ? », Karl Popper, philosophe et épistémologue, posait la question de l'impact de la télévision sur le fonctionnement démocratique des sociétés. Alors que celle-ci pourrait être un formidable outil d'éducation, il soulignait combien - sous l'effet de la concurrence et de la demande - la qualité des programmes et des messages tend vers la médiocrité, en visant avant tout à satisfaire les attentes des téléspectateurs en matière de sensationnel et de violence. Dans ces conditions, l'offre d'informations est souvent construite à partir d'une tendance, d'une statistique ou d'un sondage que les rédactions cherchent à conforter par un ou plusieurs témoignages.




C'est ainsi que hier soir, sur France 2, l'information selon laquelle 55% des militants UMP souhaiteraient des accords avec le FN dans le cadre des élections (soit 11% de plus que l'année dernière) est étayée par un reportage sur deux militants de ce parti qui annonent dans ce sens. Jusque là, le citoyen que je suis, se sent pleinement informé. Sauf que ce dernier vient d'assister à une drôle de scène quelques heures auparavant.

Dans le cadre des municipales, l'équipe Génération Lyon dans le 4ème arrondissement qui participait à une opération sortie de métro, a vu débarqué en fin d'après-midi une équipe de France 2, caméra au poing, qui cherchait à interroger des militants. On se dit alors que la chaîne d'informations nationale est intéressée par le moindre score du FN dans cet arrondissement et veut mettre en lumière la capacité de la droite classique à limiter - par sa présence et son action sur le terrain - la progression du parti frontiste. La Croix-Rousse est en effet l'un des deux arrondissements de Lyon qui ne voit pas la présence de l'extrême droite au second tour. Très vite, on comprend pourtant que ce n'est pas le but de cette visite inattendue. Tous les militants sont systématiquement interrogés avec la même question en filigrane : si vous étiez dans le cadre d'une triangulaire ou quadrangulaire avec le FN, souhaiteriez-vous un accord avec ce parti ? Dix fois, les militants réaffirment spontanément le fameux « ni-ni », récusant sans le savoir le sondage du jour. L'opération dure au bas mot une bonne heure avant que France 2 ne reparte bredouille, manifestement dépitée, sans le précieux témoignage commandé par la rédaction et que la chaîne finira par trouver, à Istres dans les Bouches-du-Rhône, à quelques centaines de kilomètres de la place de la Croix-Rousse !

Au final, combien aura-t-il fallu de sympathisants UMP pour obtenir la séquence vidéo qui corrobore le sondage ? Quinze, cinquante ? Au vu de ces efforts, les journalistes politiques de cette chaîne ont-ils eu matière à s'interroger sur la pertinence de cette information ? Dans quelle mesure, ce reportage cherche à établir les faits et instruit le citoyen plutôt qu'elle ne l'éduque ?

Beaucoup de questions qui me font douter du bon fonctionnement de nos institutions, réaffirmer le nécessaire équilibre entre les pouvoirs et le besoin d'un minimum d'auto-contrôle de la télévision en période électorale.